Interview de Tiffanie Uldry

Interview de Tiffanie Uldry

1/ Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Tiffanie Uldry, parfois connue sous le pseudonyme de Thyonesca.  Je suis illustratrice mais aussi danseuse, je crée des costumes, des bijoux, et de manière générale, je fais vivre les univers qui m’inspirent.

 

2/Parle-nous de ton parcours

  Je dessine depuis que je sais tenir un crayon. Le dessin est un moyen de m’échapper d’une réalité parfois décevante, pas assez fantastique peut-être.

 J’ai grandi en Bourgogne, auprès de parents qui ont su alimenter mon besoin constant de créer et m’y encouragée, sans pour autant me nourrir d’illusions. Après les classiques rêves d’enfant, devenir chanteuse, avocate et j’en passe, il m’est très tôt paru évident que je serai illustratrice. Je viens d’un milieu plutôt ouvrier, et j’ai eu énormément de chance que l’on m’ait fait assez confiance pour m’envoyer dans une école de dessin privée après le bac. J’ai donc déménagé à Lyon après la fin du lycée pour passer trois ans à Emile Cohl, où j’ai beaucoup appris sur le dessin… et sur la vie!
  J’avais dû faire un prêt étudiant d’un montant de 17 000€ (avec les intérêts) pour étudier là-bas, et je savais d’avance que je ne pourrai pas faire la quatrième et dernière année, car je devrais déjà commencer à rembourser mes dettes.

En acceptant un projet de publication chez Fleurus au début de ma troisième année, j’ai définitivement perdu le rythme de rendus de devoirs de l’école, et j’ai commencé à accumuler du retard sur le cursus demandé. Je décrochais petit à petit d’un système très scolaire qui ne me convenait plus. J’ai quand même continué à aller aux cours et faire les devoirs qui m’intéressaient jusqu’à la fin de l’année, pour ne pas perdre l’argent que j’avais de toute façon déjà payé.

Après deux ans à cumuler les petits boulot en Bourgogne, et suite à un concours de circonstances et au coup de pouce d’un ami, je suis montée à Paris en juin 2013 pour devenir libraire au rayon Bande Dessinée de la maison mère de Gibert Joseph. Le contrat, qui devait durer trois ans, en a finalement duré cinq, me permettant de rembourser mon prêt plus tranquillement. C’est durant ces années que j’ai construit et enrichi ma culture BD et fait plusieurs rencontres enrichissantes que je conserve encore aujourd’hui. Malheureusement, le travail ne me laissait plus de temps ni d’énergie pour dessiner, et la situation devenait pesant, presque démoralisante. J’ai donc attendu de n’avoir plus aucune dette pour démissionner en octobre 2018, et je suis depuis cette date illustratrice à plein temps

3 Peux-tu nous présenter ton univers graphique ?

Je dessine énormément de femmes. La figure féminine est une manne d’inspiration pour moi, et nourrit sans doute une petite dimension narcissique, admettons-le. Plus généralement, je me nourris beaucoup des récits de l’imaginaire, comme des contes et légendes de différentes cultures. Je m’intéresse aussi à l’Histoire, la vraie, et y puise l’inspiration pour donner à mes personnages une assise crédible. Je me penche particulièrement sur l’histoire du costume, que je trouve passionnante. TOut ce qui a trait au symbolisme me fascine, et j’aime découvrir les langages implicites que peuvent cacher les couleurs, les fleurs, etc. Je suis aussi très sensible aux cultures européennes, orientales, indiennes et slaves, en priorité, et nourris une obsession non négligeable pour le XIXe siècle romantique.

4 Parle-nous un peu de tes projets actuels et futurs

J’ai quelques projets de publication en attente, dont je ne peux pas encore parler, mais disons que je ne m’ennuie pas. J’ai travaillé dernièrement pour la très chouette émission “La Bonne Auberge”, sur la chaîne YouTube Le Bon Nerd, animée par Lucien Maine. J’ai dessiné les personnages des joueurs, et c’est agréable de voir tous les fanarts d’eux qui sont faits depuis. Je finis aussi de mettre en place mon site internet, qui comportera une boutique en ligne, et j’essaie de dégager du temps pour faire des illustrations personnelles car il est parfois frustrant pour moi de ne faire que du travail de commande, que je ne peux, en plus, souvent pas montrer.

Je travaille enfin sur un projet de roman illustré avec une amie chère, sur le thème de la féérie. J’ai hâte que nous avancions assez pour pouvoir commencer à en montrer quelques extraits sur les réseaux sociaux. Ce projet de longue date me tient beaucoup à coeur.

 

5 Les difficultés que tu rencontres en tant qu’illustratrice

Être illustrateur demande beaucoup de rigueur et surtout de patience. Il faut apprendre à se vendre, à créer sur commande, à négocier, connaître ses droits et ne pas se laisser marcher sur les pieds. J’ai parfois encore un peu de mal à dire non, ce qui ne rend service à personne. Je crois que les écoles devraient vraiment songer à mettre l’accent sur cet aspect du métier durant leur formation, car il faut énormément de temps et d’énergie pour apprendre tout ça par soi-même. Je sais par exemple, en ce qui me concerne, toute la dimension administrative de mon activité de micro entrepreneur me hérisse le poil. Cela prend beaucoup trop de temps. C’est agaçant, et ça empiète souvent sur le temps normalement réservé au dessin. En tant que micro entrepreneur, nous exerçons deux métiers. Nous sommes à la fois gérant et ouvrier de notre entreprise.

6 D’où vient ton pseudonyme Thyonesca ?

Bonne question. C’est une histoire assez amusante. À l’origine, c’est un pseudonyme créé surtout pour mes activités de danseuse. Je voulais quelque chose d’unique et reconnaissable, ne serait-ce que pour le référencement sur internet, mais pas dénué de sens, ni trop complexe. Thyonesca vient de Thyonée, ou Thyone, figure mythique que j’i découverte grâce à un ami, qui me disait que je lui faisais penser au personnage du même nom dans le roman La Foudre et le Fouet de Frank Herbert.

C’est en fait l’autre nom de Sémélée, la mère de Dionysos, sous sa forme céleste, après sa mort et sa résurrection sous forme d’étoile. C’est très résumé, mais cette histoire s’est très vite ancrée en moi. En effet, Sémélée, suite aux manigances d’Héra, est morte d’avoir vu Zeus sous sa forme véritable, un traitement auquel les mortels ne survivent pas. Mon prénom, Tiffanie, est lui aussi d’origine grecque et lié aux dieux. Il vient d’épiphanie, au sens d’apparition divine, de révélation des dieux aux mortels. J’ai trouvé ça cohérent, et ça sonnait bien. J’y ai ajouté la terminaison “esca”, à consonance slave, pour brouiller les pistes et empêcher que le pseudonyme ait une seule origine trop aisément identifiable, et le tour était joué.

7 Comment gères-tu ton temps entre la couture et le dessin ?

La couture est un loisir, je suis bien loin d’être professionnelle, mais j’ai la chance de connaître des personnes qui le sont et m’offrent de bons conseils. Quant au dessin, c’est tout simplement mon métier.

8 Peux-tu nous donner 5 artistes qui t’inspirent le plus ?

En ce moment, je dirais :

Olga Dugina pour l’illustration

Jean Bastide pour la Bande dessinée française

Kamome Shirahama pour le manga

Hans Christian Andersen pour les contes

Stellamara et Irfan pour la musique

Mais ça change régulièrement.

9 Selon toi qu’est-ce qui fait le plus progresser en dessin ?

L’observation, la pratique régulière et la curiosité. Il faut d’abord comprendre et connaître les lois qui régissent notre monde pour pouvoir ensuite créer le sien, sinon le résultat a de grandes chances d’être bancal.

10 Si tu devais donner 3 conseils à une personne qui voudrait se lancer dans le monde de l’illustration ?

Arme-toi de patience, fais preuve de persévérance et méfie-toi de ton ego. Quoi qu’il arrive, tu trouveras toujours meilleur que toi, ça ne veut pas dire pour autant que tu n’as pas ta place. Le plus important est d’avoir la volonté de s’améliorer et d’avancer sur le chemin choisi, quitte à faire des détours.

Pour voir ses travaux

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